Idara - Les funérailles de Zulran, première partie

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idara "C’est l’heure," déclara mon père.

Ainsi, notre voyage commença. J'ignorais alors qu'il ne s'arrêterait pas lorsque nous aurions atteint notre destination, trois jours plus tard.

Nous quittions Khal pour une seule raison ; le meilleur ami de mon père, ainsi que son associé, Zulran, venait de mourir. A peine prévenu, il commença à effectuer les préparatifs pour les funérailles. Notre participation était requise, ce qui voulait dire que nous devions aller à Ahgram. Père refusait absolument de prendre le bateau, ce qui impliquait un long voyage avec les caravanes qui empruntaient les routes commerciales du sud. Craignant pour notre entreprise, j'ai demandé à Père si je pouvais rester pour m'en occuper. Peine perdue.

Je ne me souviens pas de quand j'ai rencontré Zulran pour la première fois. Probablement bien avant que je ne sache marcher. Bien que nous n'ayons aucun lien de parenté, les forts liens qui unissent les marchands avaient permis à nos deux familles de se rapprocher. Zulran était plus pour moi qu'un oncle aimable ; il était vraiment un second père et un mentor. Avec mon propre père, il m'avait appris beaucoup dans l'art du commerce, de sorte qu'alors que nous partions pour Khal j'étais devenu important pour l'entreprise de mon père. Malheureusement, après ça, nos familles se sont éloignées.

Alors que nous chargions nos chariots pour le voyage, les autres marchands et clients nous observaient. Il était évident pour eux que ce voyage revêtait une importance spéciale pour mon père. Il n'avait jamais fermé la boutique auparavant, durant les sept années où nous avions vécu à Khal. Même si nous deux n'étions pas là, ce qui arrivait épisodiquement, le magasin restait ouvert. Il a toujours été ouvert. Le travail en premier, la famille ensuite, l'Empire enfin. Sauf que dans notre cas, il y avait un fossé entre la première et la seconde des priorités, et un gouffre entre la deuxième et la troisième – l'empire était si loin.

Nous chargeâmes notre chariot de cadeaux pour la famille de Zulran, ainsi que de nos propres affaires, des habits de cérémonie pour les funérailles. J'essayai encore une fois de convaincre mon père de la nécessité pour moi de rester.

"Père," commençai-je, "Nos concurrents essayeront de profiter de notre absence. Nos contrats sont fragiles. Nos prix sont légèrement au dessus des leurs – Nous gardons nos clients grâce aux services que nous leur offrons."

"Ils comprendront," me répondit-il. "Et s'ils ne le font pas, peu me chaut. Notre place est à ces funérailles." Mon père éluda tous les autres arguments que je mis en avant. Après que j'eus épuisé toutes mes excuses, il plaça sa main sur mon épaule. "Nous devons y aller, mon fils. Notre Foi exige que nous y soyons. Ce qui t'inclut aussi."

Nous continuâmes notre chemin jusqu'aux portes de la ville avec notre chariot, puis obliquâmes au sud le long de la route commerciale. Elle était pleine de marchands, de fermiers, et d'animaux, en chariots ou à pied. Bien que la plupart se dirigeaient vers Khal, une caravane devant nous allait dans la direction d'Ahgram. Alors que j'y alignais notre chariot, ses cavaliers d'escorte se placèrent derrière nous.

La route pour Ahgram n'est pas dangereuse en général. Toutefois, à cause des bandits qui la parcourent parfois, les affréteurs de caravane offrent souvent la sécurité à ceux voyageant sans escorte en échange d'une petite participation financière. Alors que le garde de tête s'approchait pour collecter la taxe, je lui demandai s'il avait entendu parler des nouvelles routes commerciales ouvertes avec les gnomes de Mekalia.

Il sourit. "Mon dernier voyage m'y a amené. Les gnomes sont entêtés et repliés sur eux-mêmes, mais assez inoffensifs, pour le moment. Ca paye assez bien comme escorte." Je lui tendis quelques pièces d'or comme paiement pour sa protection. Il approuva et continua son chemin.

Le voyage fut sans histoire. Père passa son temps à évoquer Zulran, et la manière dont ils avaient commencé à travailler ensemble. Je m'assis et écoutai, hochant la tête aux moments opportuns, même si en fait j'aurais souhaité me trouver ailleurs, loin de ce chariot et de cette route.

Au troisième jour, nous arrivâmes près d'Ahgram. Ses hautes murailles paraissaient continuer jusqu'à l'horizon, et nous apparurent plus large alors que nous approchions. Alors que nous obliquions à l'ouest, je pus discerner trois grilles, chacune avec sa propre file de personnes attendant de pouvoir entrer. La porte sud, appelée la Porte du Port car elle était la plus proche du port, s'ouvrait sur les districts du port et sur les quais. Beaucoup de petites familles marchandes, de dockers, ainsi que de propriétaires d'écurie, vivaient là. Au nord se tenait la Porte du Soleil, la Porte Impériale que seuls les nobles ou ceux avec des lettres de créances spéciales étaient autorisés à emprunter.

La route commerciale nous amena directement à une grande porte au milieu du mur. La Porte Commerciale était le principal passage et point d'accès pour tous les commerçants et la plupart des visiteurs d'Ahgram. Nous fûmes dirigés vers cette porte.

Nous attendîmes dans la file environ une heure avant d'atteindre l'entrée. Le garde de faction nous demanda ce que nous faisions là, et si nous avions des marchandises à vendre pendant notre visite. Je lui expliquai que nous étions ici pour les funérailles d'un ami de la famille, et que nous n'avions emporté aucune caisse de marchandise pour ce voyage. D'un vague geste de la main, il nous fit signe de passer, et alors que nous entrions dans la ville, je fus frappé par les changements intervenus depuis ma dernière visite. Pour sûr, Ahgram avait toujours été une ville très active, mais cette fois le nombre de gens, les biens exotiques, et les odeurs m'assaillirent et me submergèrent de toute part.

Lentement, nous parcourûmes la principale voie de communication. Au bout de la place du marché, mon père descendit du chariot, se dirigea vers une étable et s'entretint avec un marchand. Quelques minutes plus tard, mon père me dit de le suivre et continua à pied. Quelques rues bondées plus tard, il indiqua un endroit vers la droite, nous faisant signe de descendre une rue plus étroite. Nous suivîmes ce chemin jusqu'au bout, puis mon père emprunta une petite allée. Je fis suivre le chariot derrière lui, passant à peine entre les bâtiments tellement ils étaient proches les uns des autres.

Le passage se rétrécit encore plus vers la fin, nous empêchant de poursuivre avec notre chariot. Je descendis et continuai à pied, passant entre deux grands entrepôts. En face de nous, au bout de l'allée, se trouvait une petite maison.

"Voilà," annonça mon père. "Nous sommes arrivés."

Ce n’était pas la maison du grand marchand Zulran, en tout cas pas à ma souvenance. J’avais toujours imaginé Zulran comme un magnat prospère pouvant acheter et vendre des entreprises entières d’un claquement de doigts. Son entreprise n’était plus enviée à travers la ville à présent, et il avait cessé depuis bien longtemps d’être un grand marchand. Ma vision de Zulran était peut-être similaire à celle que j’avais de mon père avant de grandir. Alors que je devenais plus mature, la réalité avait commencé à remplacer mon imagination, et j’avais vu ses échecs, ainsi que ses réussites. Je n’avais plus vu Zulran depuis si longtemps, toutefois, que ma perspective n’avait pas eu le temps d’évoluer de la même manière.

Nous avançâmes vers la modeste demeure engoncée entre les murs massifs des entrepôts. J’étais stupéfait de voir dans quel état se trouvait la maison ; sans aucune parure, les murs ayant bien besoin de réparations, avec un toit qui semblait sur le point de s’effondrer. Tout cela témoignait de la chute de Zulran.

Mon père frappa à la porte, et quelques instants plus tard elle s'ouvrit. Une jeune femme, simplement vêtue d'une robe jaune sans manche et d'une écharpe verte, se tenait sur le seuil, les courbes de son corps mises en évidence par la lourde toile. Ses noirs cheveux soyeux brillaient, encadrant son visage. Ses lèvres d'un rouge grenat esquissèrent un léger sourire. Ses yeux, d'un profond bleu océan, captivèrent mon regard pendant un long moment. Le temps s'arrêta, et j'aurais voulu le retenir à tout jamais.

Elle se tourna vers mon père et dit, "Oncle, on ne vous attendait plus. Je suis ravie que vous soyez arrivé sain et sauf."

"Merci, Idara," répondit mon père. "Nous sommes d'ici. Nous aussi faisons partie de la famille de Zulran."

Idara. C'était Idara. Et c'est à partir de ce moment que mon monde bascula.

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