Les Histoires de Mateen - Ahgram

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"La Rupture ?" demanda Erol doucement.

Mazhar approuva d'un signe de tête. "Les guerres civiles et les conflits contre les autres races laissèrent de profondes cicatrices sur la volonté de tous, et même des plus puissants, mais la véritable épreuve ne vint que lorsque la mer s'éleva et submergea les empires Mordebi et Ahgramun. Des tremblements de terre survinrent un peu partout, déchirant la terre. Les royaumes furent brisés et plongés dans les eaux noires alors que des vagues géantes surgirent des mers, aspirant la vie de tout ce qu'elles touchaient."

"Qalia s'est vue complètement changée, et de nombreuses terres furent perdues. Sur la côte ouest, les plages blanches immaculées disparurent à jamais sous les eaux. La nature sauvage se retrouva au bord de l'océan, formant un mur presque infranchissable."

"Lors d'un violent glissement de terrain, les plaines de l'est plongèrent quelques centaines de mètres sous l'océan. Les contrées luxuriantes du nord, berceau de l'empire humain, furent les plus durement touchées. Personne n'aurait pu sauver les humains des vagues massives qui frappèrent leurs terres." Le garçon écouta avec attention alors que Mazhar continuait. "Les premières vagues décimèrent les côtes et les déserts, et lors des tremblements de terre qui s'ensuivirent, les terres fertiles s'érodèrent entièrement, ne laissant que le désert pour border l'océan."

"L'empire humain fut dévasté. Les rares survivants n'avaient plus ni maison, ni nourriture, et avaient perdu tout espoir. Comme ils ne pouvaient aller nulle part ailleurs, les rescapés des empires Mordebi et Qaliathari se dirigèrent vers les déserts du sud. Ils formèrent de petits clans nomades, de déplaçant constamment au sein des terres désolées, commerçants fréquemment avec les autres clans pour de la nourriture et de l'eau."

"Ils ne pouvaient pas simplement cultiver la terre ?" demanda Erol.

"Ils essayèrent," répondit Mazhar. "Ils essayèrent de toutes leurs forces. Mais la terre était stérile, et les blessures causées par la Rupture mettraient des années avant de se refermer. Progressivement, quelques colonies commencèrent à se former. Quelques unes tentèrent de moissonner, bien que leurs récoltes soient maigres. D'autres colonies servaient plutôt comme zones de repos entre deux raids. Ce qui restait des ruines de la vieille capitale d'Ahgramun était constamment pillée afin d'y trouver des provisions."

Le garçon commença à dire quelque chose, mais s'interrompit. Le vieil homme regarda Erol. "Qu'y a-t-il ?" demanda t-il gentiment.

Le garçon secoua la tête. "Je suis désolé," s'excusa t-il. "Je ne voulais pas encore vous interrompre, mais pourquoi n'ont-ils pas tout simplement rebâtis l'ancienne cité ?"

"Ne t'excuse jamais de poser des questions," répondit Mazhar avec un sourire. "C'est comme ça que tu apprends. Et certains tentèrent de rebâtir la cité perdue, mais la triste vérité fut qu'il y eu trop d'adversaires déterminés à œuvrer contre eux pour des raisons connues d'eux seuls." Il s'interrompit, remarquant l'air déçu d'Erol. "Toutefois," continua le vieil homme, "après de nombreuses années d'échecs, plusieurs groupes de Mordebi nomades forgèrent une alliance et commencèrent à construire une colonie permanente dans les plaines tumultueuses de Gahren."

Mazhar fit une petite pause alors que le visage du garçon s'illuminait, puis continua. "Pendant de nombreuses années, il semblèrent sur le point de réussir. Mais un beau jour un violent tremblement de terre frappa la cité, et l'emporta dans les profondeurs de la terre. Les Mordebi, bouleversés par cet événement, le prirent pour un signe de la colère des dieux, et revinrent à leur vie nomade."

"Et vous, qu'en pensez-vous, Mazhar ?" demanda le garçon en souriant.

Le vieil homme lui retourna son sourire. "Je pense," commença t-il, "que les Mordebi étaient un peu trop superstitieux. Les tremblements de terre tels que celui qui les a frappé étaient assez habituels dans les siècles qui suivirent la Rupture."

"Mais pourquoi ?"

Mazhar se renfonça dans son fauteuil, l'air perdu dans ses pensées. "Eh bien," commença t-il, "imagine que tu laisse tomber un gros rocher dans la rivière. Que se passe t-il ?"

"Ca fait un gros plouf." répondit le garçon avec assurance.

"Effectivement," approuva le vieil homme, "mais après ce plouf, l'eau ne continue-t-elle pas à onduler pendant quelques temps ?"

Erol fronça les sourcils et réfléchit quelques instants. "Je comprends ce que vous me dites maintenant," dit-il finalement. "La terre était encore en train de guérir."

Mazhar esquissa un sourire. "Excellent," dit-il. "Et durant les années qui suivirent, les tribus humaines furent à nouveau plongées dans des guerres sans fin. Des milliers périrent alors que les clans attaquaient les colonies rivales.

"Ce fut lors d'un de ces raids qu'un jeune garçon Mordebi nommé Bahman Fendir assista à la mort de son père, le chef de clan, et de trois de ses oncles, sauvagement assassinés des mains d'envahisseurs Qaliathari. Le garçon fut gravement blessé, mais malgré la perte de sa main gauche, il parvint à survivre. De nombreuses semaines il lutta contre la maladie et la fièvre, tandis que ceux autour de lui tentaient de reconstruire ce qui avait été détruit. Il regagna des forces petit à petit, pour finalement sortir de la tente comme… nouveau chef du clan."

"A-t-il prit sa revanche ?" demanda le garçon, se balançant sur sa chaise.

"Au début, c'était son plus cher désir," répondit Mazhar. "Il jura de venger la mort de son père et de ses oncles, et que ceux impliqués dans leur meurtre le paieront chèrement. Mais son clan était faible, et ne pouvait se permettre une autre guerre. Bahman décida alors de reconstruire son village, et d'attendre… que les envahisseurs reviennent."

"Et ils sont revenus, n'est-ce pas ?"

"Le jeune chef avait vu juste," dit le vieil homme. "A peine quelques années plus tard, un groupe de maraudeurs attaqua le village. Mais Bahman était devenu un homme puissant, et son clan s'était renforcé. Cette fois, ils étaient prêts, et ils se défendirent. A la fin, aucun des agresseurs ne survécut. Convaincu que sa tribu était devenue assez forte, le chef décida qu'il était grand temps de faire payer les meurtriers de son père."
"Ils commencèrent par de petites attaques de nuit, pendant que leurs adversaires dormaient, et les tuèrent jusqu'au dernier. Ils laissèrent dans leur sillage des contrées dévastées."

Mazhar décrit quelques unes des batailles qui eurent lieu, au grand plaisir d'Erol, prenant toutefois bien garde à ne rien dire de trop choquant pour le jeune garçon. "Cela continua pendant plusieurs mois. Même avec une seule main, Bahman était un guerrier terrifiant. Il continua à accumuler du pouvoir alors que tous ses rivaux tombaient les uns après les autres."

"Puis, alors qu'ils planifiaient une attaque de nuit, un des éclaireurs du chef Fendir revint avec des nouvelles. Il avait localisé un village d'où provenaient nombre des agresseurs qu'ils avaient combattus. Comme leurs guerriers étaient tous morts, le village était sans défense."

Le visage du jeune garçon commença à s'assombrir. "Que firent-ils ?" demanda-t-il, sa voix trahissant quelque inquiétude.

"La décision ne fut pas dure à prendre pour Bahman, et ils décidèrent rapidement d'attaquer le village."

"Attaquer le village ?" s'exclama Erol, sursautant. "Pourquoi ? Je croyais que vous aviez dit qu'ils étaient sans défense ?"

"Ils l'étaient, et comme tu l'avais dit toi-même, jeune Erol : Fendir voulait se venger. La nuit suivante," continua Mazhar alors que le garçon montrait son dégoût, "le chef et son clan s'infiltrèrent dans le village. La bataille qui s'ensuivit fut courte et unilatérale, et très violente. Alors que le soleil pointait à l'horizon, Bahman traversa les ruines du village, à la recherche de survivants. Dans une petite hutte, il trouva un jeune garçon blotti dans un coin, effrayé."

A présent, Erol semblait en colère. Il ne dit rien, mais resta debout devant le vieil homme, fronçant les sourcils. Mazhar continua.

"Le garçon attrapa une petite épée et la tint dans sa main tremblante, alors que Bahman tirait son épée et approchait. Alors que l'effrayant chef s'approchait, il ferma les yeux et regarda ailleurs, semblant se résigner à son destin. Il espérait une mort rapide…"

"… Je n'aime plus cette histoire," dit Erol, d'une voix glaciale.

Le vieil homme sourit au jeune garçon d'un air rassurant. "Laisse moi finir," le pria t-il gentiment. "Le garçon espérait une mort rapide… mais elle ne vint pas."

Erol ne s'attendait pas à ça. "Oh ?"

"En lieu et place, le garçon entendit un bruit sourd dans le sable à côté de lui. Il ouvrit les yeux et vit l'arme du chef gisant sur le sol. Bahman regarda le garçon, et pâlit en réalisant ce qu'il s'apprêtait à faire. Il était devenu exactement ce qu'il s'était juré de détruire."

"Ce n'est pas juste !" s'exclama Erol. "Vous saviez ce qui allait se passer."

Mazhar sourit et continua son histoire. "Il quitta la hutte, le garçon dans les bras, et son épée toujours au sol. Depuis ce jour, Bahman eut un nouvel objectif. Plutôt que de conquérir, il allait unifier. Tu aimeras cette partie, jeune Erol – le chef établit une colonie permanente dans les ruines de la vieille capitale Qaliathari, et l'appela Ahgram, en l'honneur de l'ancienne cité qui se dressait là autrefois."

"Est-ce que celle-ci dura ?"

Le vieil homme approuva. "Oh oui, elle dura. Il offrit sa protection à tous ceux qui la demandait, et établit une milice entrainée, pour la défendre contre les bandits et les maraudeurs. Rapidement, Ahgram ressembla à une petite ville. Le commerce commença à fleurir d'avec les colonies voisines, malgré la présence de groupes de bandits et de voleurs. Mais au moment de la mort de Bahman Fendir, Ahgram était devenu le siège de la puissance humaine."

"Qu'arriva-t-il après sa mort ?" demanda le garçon.

"Le chef n'a jamais été marié, et n'a jamais engendré – mais il laissa derrière lui un héritier, qui devint le premier roi de la nouvelle ville."

Erol se gratta la tête, l'air confus. "Comment est-ce possible ?"

Mazhar lui lança un bref sourire malicieux. "Ah ça, à toi de deviner."

A suivre

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